L'Humanité : le cours complet pour les concours 2027
Mon approche du thème de l'Humanité pour les prépas ECG et HEC. Un cours complet conçu par Raphaël Payet pour vous éviter les pièges et exceller aux concours.
Information
L'humanité — le cours complet
Culture générale, prépa ECG et prépa HEC — concours 2027. Par Raphaël Payet, khâgne à Louis-le-Grand, master à l'ENS Ulm.
Rappel de méthode. En ECG, il n'y a pas de corpus fermé : toutes les références sont autorisées. Contrairement à la prépa scientifique, c'est l'étendue et la précision de votre culture qui vous départagent.
Le piège du thème
Tout le monde croit savoir ce qu'est l'humanité. C'est précisément ce qui vous fera perdre des points.
La familiarité du mot produit une illusion de maîtrise. On croit n'avoir rien à définir, alors on se met à parler — et l'on tombe dans l'un des trois hors-sujets classiques.
Le sermon
On explique qu'il faut être humain, que la guerre c'est mal, que la solidarité c'est bien. C'est de la morale, pas de la culture générale. Le correcteur ferme la copie au bout d'une page.
Le catalogue
On aligne l'Antiquité, la Renaissance, les Lumières, la Shoah, le transhumanisme. C'est une frise chronologique. Il n'y a aucune thèse.
La définition biologique
On explique que l'homme est un mammifère bipède doté d'un néocortex. C'est vrai, et ça ne dit rien du sujet.
Ces trois pièges ont une cause unique : on n'a pas choisi lequel des trois sens du mot on traitait.
La clé du thème : trois sens, pas un
C'est la seule chose à retenir de ce cours. Tout le reste en découle.
Sens Ce que le mot désigne La question qu'il ouvre 1. Le collectif L'ensemble des êtres humains. L'espèce. Le genre humain. Existe-t-elle vraiment, ou n'est-ce qu'une abstraction ? Qu'est-ce qui unit un Inuit et un Papou ? 2. L'essence Ce qui fait qu'un être est humain. La nature humaine. Y a-t-il une essence de l'homme ? Ou l'homme est-il ce qu'il se fait ? 3. La vertu La qualité morale : être humain, c'est être bon, compatissant. Pourquoi le nom de l'espèce est-il aussi le nom d'une vertu ?
Le fait le plus intéressant du thème est là : en français, le même mot désigne une espèce, une essence et une vertu. Aucun autre nom d'espèce ne fonctionne ainsi. On ne reproche pas à un chat cruel de manquer de félinité.
Ce glissement de sens n'est pas un accident de langue. C'est le problème. Dire d'un homme qu'il est « inhumain », c'est le maintenir dans l'espèce tout en l'excluant de la vertu. Et c'est aussi, historiquement, le geste qui a permis les pires crimes : exclure des hommes de l'humanité sans cesser de les reconnaître comme hommes.
La règle absolue. Dans une copie, identifiez toujours dans quel sens le sujet emploie le mot. Un sujet peut jouer sur deux sens à la fois — c'est même souvent là que se cache le problème. Mais vous devez le dire explicitement en introduction.
Axe 1 — L'unité de l'espèce est une conquête, pas une évidence
Pendant l'essentiel de l'histoire, « humanité » n'a pas désigné tous les hommes.
- Aristote justifie l'esclavage naturel : certains hommes seraient faits pour obéir.
- La controverse de Valladolid (1550-1551) oppose Las Casas à Sepúlveda sur la question de savoir si les Indiens ont une âme. Le fait même qu'on en débatte dit tout.
- Montaigne, « Des cannibales », renverse le regard : le barbare, c'est celui qui appelle barbare l'autre.
- La Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) proclame l'unité — après Auschwitz. Elle n'énonce pas un fait ; elle répare une catastrophe.
Ce que cet axe permet : l'humanité comme collectif n'est pas un donné biologique. C'est une décision politique, sans cesse rejouée.
Axe 2 — L'essence humaine : nature ou construction ?
Le grand affrontement du thème, et le plus solide pour bâtir un plan.
Côté nature — l'homme a une essence
- Aristote : l'homme est un animal politique doté de logos.
- Descartes : le propre de l'homme est la pensée. L'animal est une machine.
- Kant : la dignité tient à l'autonomie de la raison. L'homme est une fin en soi, jamais un moyen.
Côté construction — il n'y a pas d'essence, seulement une histoire
- Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité de l'homme : Dieu n'a assigné à l'homme aucune place fixe. Sa dignité, c'est justement de n'avoir pas de nature.
- Sartre : l'existence précède l'essence. L'homme est ce qu'il se fait.
- Foucault, Les Mots et les Choses : l'« homme » est une invention récente des sciences — un visage de sable que la mer effacera.
Ce que cet axe permet : l'opposition dialectique la plus robuste du thème. Elle fournit à elle seule un plan I / II.
Axe 3 — L'humanité se définit par ce qu'elle exclut
L'axe le plus redoutable, et le plus sous-exploité par les candidats.
- Lévi-Strauss, Race et Histoire : l'humanité cesse aux frontières de la tribu. Le barbare est toujours celui qui croit à la barbarie.
- Hannah Arendt : les régimes totalitaires commencent par rendre les hommes superflus. La déshumanisation précède l'extermination.
- Primo Levi, Si c'est un homme : le titre est une question, pas une affirmation.
- Agamben : la « vie nue » — l'homme réduit à sa seule biologie, exclu du politique.
Ce que cet axe permet : répondre à la question qui décide de qui est humain ? C'est votre partie politique.
Axe 4 — L'homme face à ses créations : la technique dissout-elle l'humain ?
L'axe le plus contemporain, et celui que les jurys attendent.
- Prométhée : l'homme naît démuni, sans griffes ni fourrure. La technique n'est pas un supplément — c'est sa compensation originelle. L'homme est technique par défaut de nature.
- Günther Anders, L'Obsolescence de l'homme : la « honte prométhéenne » — l'homme a honte devant la perfection de ses machines.
- Le transhumanisme : augmenter l'homme, vaincre la mort. Mais un homme sans finitude est-il encore un homme ?
- L'intelligence artificielle : si une machine écrit, juge et console, que reste-t-il en propre à l'humain ?
Ce que cet axe permet : votre troisième partie, et c'est là que se gagnent les points.
Axe 5 — L'humanité à l'échelle de la planète : l'Anthropocène
- L'Anthropocène : l'humanité est devenue une force géologique. Pour la première fois, l'espèce agit comme un sujet unique — mais elle ne le fait pas exprès.
- Hans Jonas, Le Principe responsabilité : notre pouvoir technique s'étend aux générations futures, donc notre responsabilité aussi.
- Dipesh Chakrabarty : la crise climatique nous oblige à penser l'espèce, alors que toute notre culture politique pense les classes et les nations.
Le paradoxe à exploiter : l'humanité s'est unifiée comme cause avant de s'unifier comme sujet politique. Elle agit ensemble sans avoir décidé ensemble.
Comment problématiser n'importe quel sujet sur l'humanité
Une procédure en trois temps. Elle fonctionne sur tous les sujets.
1. Repérer le sens employé
Le sujet parle-t-il de l'espèce, de l'essence ou de la vertu ? S'il joue sur deux sens, c'est là qu'est le problème — et il faut le dire.
2. Chercher la tension interne
Le sujet oppose-t-il l'humanité à quelque chose ? À l'animal, à la machine, à la barbarie, à la nature, au divin ? C'est toujours par son autre que l'humanité se définit. Trouvez l'autre, vous avez le problème.
3. Poser la question de la décision
Qui définit ? Qui inclut, qui exclut ? Un thème comme celui-ci n'est jamais contemplatif : il est politique de bout en bout.
Les sujets probables
- L'humanité est-elle une espèce ou un projet ?
- Peut-on perdre son humanité ?
- L'humanité a-t-elle une histoire ?
- Sommes-nous responsables de l'humanité à venir ?
- L'humanité peut-elle se passer de la technique ?
- Y a-t-il des degrés d'humanité ?
- Faut-il défendre l'humanité contre elle-même ?
Les références minimales à maîtriser
PériodeAuteurIdée à retenir AntiquitéAristoteL'homme, animal politique doté de logos Protagoras (via Platon)Le mythe de Prométhée : l'homme naît démuni RenaissancePic de la MirandoleL'homme n'a pas de nature assignée — c'est sa dignité MontaigneChacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage LumièresKantDignité, autonomie, l'homme comme fin en soi RousseauLa perfectibilité distingue l'homme de l'animal XXe siècleSartreL'existence précède l'essence Lévi-StraussL'humanité cesse aux frontières de la tribu ArendtLe totalitarisme rend les hommes superflus Primo LeviSi c'est un homme — le titre est une question FoucaultL'« homme » est une invention récente, et provisoire ContemporainGünther AndersLa honte prométhéenne devant les machines Hans JonasLe principe responsabilité Dipesh ChakrabartyL'Anthropocène oblige à penser l'espèce
Une référence n'est utile que si vous savez ce qu'elle démontre. Citer Foucault sans pouvoir dire ce qu'il établit, c'est pire que ne pas le citer.
Ce qui distingue une copie à 16
Trois choses, et aucune n'est de l'érudition.
- Vous avez choisi un sens du mot, et vous l'avez dit. La moitié des copies flottent entre les trois sens sans le voir.
- Vous avez une thèse, pas un panorama. Un plan n'est pas un sommaire de manuel : c'est une démonstration qui avance.
- Vous êtes allé jusqu'au contemporain. Les jurys ont lu deux cents copies sur Kant et Aristote. La troisième partie qui parle du présent est celle qu'ils lisent vraiment.